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Stage du 8 avril

Travail enseignant, mutations ou ruptures ?

lundi 11 avril 2011

Compte-rendu du stage organisé par le SNUipp autour de la question du travail enseignant.

Plus de 60 enseignant-es, venu-es de la plupart des secteurs géographiques du département, et travaillant aussi bien en élémentaire qu’en maternelle, en RASED, dans l’ASH... se sont réuni-es vendredi 8 avril au Mans pour venir débattre de la question des mutations en cours dans l’ Éducation, et du mal-être voire de la souffrance qu’elles génèrent.

Cette journée s’inscrivait dans le cadre du chantier ouvert cette année par le SNUipp national en partenariat avec le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers). C’est à ce titre que Lydie Buguet membre du secrétariat national du SNUipp, et Youri Meignan, chercheur au CNAM étaient invités à apporter leur contribution aux débats.

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Les stagiaires au travail.

Avant de commencer à échanger, les participant-es ont été invité-es à inscrire sur une feuille ce qu’il en était de leur rapport au métier, de leurs interrogations, de la manière dont ils percevaient les effets des mutations en cours. Malgré cette entrée en matière un peu abrupte, les feuilles se sont vite remplies, preuve s’il en est besoin que cette question est bien au cœur de nos préoccupations .

Les représentant-es du SNUipp ont ensuite présenté la problématique du point vue syndical.

A partir du constat que les réformes en cours mettent à mal la notion de service public d’ éducation, en y introduisant les fonctionnements propres au secteur privé libéral (mise en concurrence, compétition, « management » autoritaire, systématisation de l’évaluation...) et génèrent un malaise de plus en plus criant, le SNUipp a décidé de mettre en œuvre une réflexion qui permette aux enseignant-es de se réapproprier collectivement la question de leur professionnalité.

Cette souffrance qui se généralise dans le monde du travail, nous en sommes les témoins directs à travers notre position de délégué-es du personnel. Les appels sont de plus en plus fréquents pour évoquer des situations difficiles, qu’il s’agisse de situations liées aux élèves, aux parents, à la hiérarchie, voire à des conflits entre collègues... De même l’augmentation des demandes de travail à temps partiel au cours des dernières années, n’est pas toujours lié à un projet personnel ou familial spécifique, il fonctionne parfois comme une soupape de sécurité... Le rôle du syndicat est donc de faire en sorte que ces tensions, vécues individuellement, de manière culpabilisante, soient analysées et re-situées dans le contexte général de la mutation libérale du travail. Notre objectif est double, à travers la mise en mots, puis la prise de distance et l’analyse, de transformer ces difficultés en outils de construction de mouvements collectifs de résistance et de propositions positives d’une part, et se réapproprier la réflexion sur les finalités et le contenu de notre travail et de nos missions d’autre part.

Youri Meignan, professeur des écoles et psychologue du travail, a évoqué ensuite les constats faits par la recherche, notamment du point de vue de la santé, et ce dans un cadre global. Les dépenses de santé liées à la détérioration des conditions de travail s’avèrent particulièrement coûteuses ( 4 à 5 % du PIB, à rapprocher des 5 à 6 % que représente le budget de l’éducation nationale).
Souffrance, dégoût, désintérêt et désengagement en sont les conséquences de plus en plus fréquentes.
Les réponses apportées par le système en place ne sont qu’individuelles (écoute compassionnelle et prescription de soi disant « bonnes pratiques » censées s’imposer à tous). La pseudo-évidence de ces prescriptions renvoie à l’inadaptation des professionnels, jugés seuls responsables de leur difficulté ou à leur échec à les mettre en œuvre. Le pilotage par les résultats, la recherche obsessionnelle de la qualité enferment également les professionnels dans une situation de culpabilité.

Négation des problèmes, du capital lié à l’expérience constituent une sorte d’occultation du réel caractéristique de l’organisation actuelle du travail.

Les salariés sont censés intégrer cette souffrance comme un phénomène ordinaire, un dispositif d’écoute anonyme est parfois mis en place mais en revanche rien n’est envisagé sur la question de l’organisation du travail. On renvoie l’origine de la difficulté à l’individu.

Les participant-es ont été ensuite invité-es à analyser en petits groupes les textes écrits préalablement et à en faire une synthèse à même de dégager des pistes de travail ultérieures.

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Réflexion collective sous le soleil.

Parmi l’ensemble des productions, nous avons pu constater un nombre important de récurrences :

-la question du sens du métier et des valeurs, considérés comme fortement remises en cause.

-la question du temps, conséquence de la nouvelle organisation de la semaine scolaire, génératrice de stress, de frustration (sentiment de ne rien faire correctement...)

-la question de l’évaluation, celle des élèves comme celle des enseignant-es, et des pressions qu’elle génère.

-la question de la reconnaissance de la professionnalité, mise à mal par les discours négatifs incessants.

-la question de la sensation d’isolement, liée entre autre à la disparition du temps institutionnel qui permettait de la réduire ( formation initiale, continue..)

- la nécessité d’ouvrir des perspectives pour inverser le cours des choses et retrouver l’envie, l’engagement professionnel constitutif de ce métier.

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Lecture attentive des productions écrites.

Youri Meignan a ensuite repris la parole pour faire un point sur la question de la professionnalité. Il a défini le concept d’authenticité du réel comme permettant de comprendre ce qui définit l’expertise, c’est à-dire la capacité à prendre en compte ensemble tous les éléments de l’acte professionnel.
Seuls les enseignant-es ont cette maîtrise, contrairement aux décideurs qui ne le perçoivent que de manière parcellaire, et n’y apportent que des réponses au coup par coup, guidées par des objectifs uniquement gestionnaires et de moins en moins en phase avec l’exigence d’un service public d’éducation qui s’adresse à tous et agit pour combattre les inégalités sociales.

Youri Meignan a également insisté sur la question du fonctionnement collectif pour s’opposer aux prescriptions hiérarchiques mais également pour réfléchir, échanger notamment dans la controverse afin de se ré-approprier les questions sur notre métier.
Pour le chercheur, c’est dans la confrontation des points de vues que le métier peut évoluer et se transmettre en s’enrichissant. Ce concept est à l’opposé de la notion des diffusions des bonnes pratiques chère à notre IA...

Le débat général qui a clôt cette journée a eu pour objectif de définir des pistes de réflexion et d’action pour les mois qui viennent.

Plusieurs pistes ont finalement été retenues :

- se réapproprier les projets d’école : proposition de soutenir les équipes qui refusent d’entrer dans les cases parce qu’elles ont un projet qu’elles ont mûrement pensé, et qu’elles assument.

- diffusion régulière (sur le site, et dans notre bulletin) de témoignages d’écoles, de collègues afin de rendre visible les effets des réformes en cours, et rompre l’isolement.

  • mise en œuvre d’une réflexion sur la manière de communiquer avec les parents pour contre-balancer le discours dominant et les associer à nos luttes.
  • se réapproprier les conférences pédagogiques pour qu’elles redeviennent des espaces de formation : en contestant de manière argumentée les prescriptions de la hiérarchie et en imposant un ordre du jour et une réflexion en phase avec nos interrogations, et nos besoins.

- poursuivre la réflexion sur la notion de pilotage par l’évaluation à tous les niveaux : tant du point de vue de l’enseignant, à travers l’inspection et son évolution et la mise en place de l’entretien de carrière, que du point de vue de l’élève soumis aux dispositifs des évaluations nationales et au livret de compétences...

Nous invitons tous les collègues intéressé-es à nous contacter pour participer à la mise en œuvre de ces actions (participation aux commissions, envoi de témoignages etc...)

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