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Livret personnel de compétences

jeudi 22 décembre 2011

Nous n’avons pas choisi le métier d’enseignant pour enfermer les enfants dans des cases !

L’imposition du LPC fait partie de l’arsenal des réformes qui visent à transformer en profondeur les missions de l’école publique.

Année après année, les évaluations de nos élèves prennent de plus en  plus de place dans notre pratique d’enseignants. Progressivement, nous pouvons constater qu’elles ont été vidées de sens pédagogique, comme le prouvent les évaluations nationales et les aberrations qu'elles contiennent. L’imposition du Livret Personnel de Compétences dont la version numérique sera prochainement mise en place est un élément essentiel de la transformation en profondeur des missions de l’école publique.

La notion de compétence

La valeur de l’approche pédagogique par compétences à l’école primaire a principalement résidé dans le travail de réflexion et de création d’outils pédagogiques en équipe et avec les élèves. En imposant d’évaluer de manière sommative des compétences, l’Etat ne prend pas en compte leur aspect dynamique : une compétence n’est jamais totalement acquise, comme elle n’est jamais totalement absente. L’évaluation binaire demandée ne donne donc pas une image du réel degré de maîtrise de l’élève.  La fonction de ce livret est donc d’une autre nature.

Manque de cohérence entre les outils conçus par le ministère

Les items du LPC ne correspondent pas toujours à ceux des programmes scolaires ni aux évaluations nationales (items supplémentaires, absents, libellés différemment, fusionnés, classés dans des rubriques différentes...).
On y constate également la confusion dans la définition du concept de « compétences » : certaines compétences sont trop générales ou trop floues pour être enseignées ou évaluées, certains items ne relèvent pas des objectifs que les enseignants poursuivent au quotidien, ils ne préparent pas les élèves à donner du sens ni à être actifs dans les apprentissages.

Manque de lisibilité pour les familles :

Livret scolaire de l'école, LPC, évaluations nationales... Pour les familles, la multiplication des dispositifs d'évaluation n'aide pas à une bonne compréhension de l'école et des progrès de leur enfant.

Du livret au fichier

La version numérique du LPC est prévue dans le primaire à la rentrée 2012. Aucune information, aucun débat public n'ont eu lieu, alors même que cet outil est un fichier destiné à consigner des données personnelles et sensibles qui suivront l'élève tout au long de sa scolarité et au-delà.. Le glissement du livret au fichier n’est pas anodin. Officiellement le  livret de compétences est défini comme un*« traitement automatisé de données à caractère personnel », ce qui correspond à la définition d’un fichier. Parallèlement, un Passeport Orientation Formation numérique se met en place de la 5ème à la terminale. LPC et POF, livret scolaire destiné au jury du bac  sont destinés à terme à être regroupés en un seul fichier appelé LPC expérimental numérique. Il a pour fonction de repérer des compétences dans les champs de la vie scolaire, vie sociale, vie familiale, contacts avec le monde extérieur. Or, aucun consentement des parents et encore moins des élèves n’est demandé. Le terme de fichage peut donc être utilisé.

Les enjeux du LPC

Préparer à l’emploi, au marché du travail.
« Améliorer les compétences et l’accès à l’éducation en se concentrant sur les besoins du marché, équiper les jeunes pour le marché du travail et répondre aux conséquences de la crise économique », ainsi s’exprime l’actuelle commissaire européenne à l’éducation. Pour l’OCDE*« les programmes scolaires ne peuvent être conçus comme si tous devaient aller loin ». Aligner le projet éducatif sur les besoins de l’économie, en définissant une élite et une frange de population faiblement qualifiée, tel est le projet du libéralisme pour l’école.
Marchandisation : la multiplication des logiciels privés (et payants !) d’entraînement à la validation des compétences est un signe qui ne trompe pas ; un juteux marché s’ouvre_aux_entreprises.*Gestion managériale de l’école : la numérisation permet d’affiner le contrôle de la supposée efficacité d’une équipe d’enseignants à faire acquérir des savoirs et des compétences à leurs élèves. Mettons cela en relation avec le projet d’avancement au mérite, et la boucle est bouclée. 

La mise en place du LPC se caractérise par l’absence d’information, de débat. L’argumentaire de la soi-disant  modernisation pédagogique est utilisé pour faire oublier que derrière ce projet, les libertés individuelles sont menacées. À travers le LPC, on assiste à un véritable traçage de l’enfance, à la disparition de la confidentialité, à la dépossession de son propre parcours et au développement de comportements normés ne laissant pas de place à la différence.

Et pour les enseignants ?

La numérisation et l’automatisation conduisent à  une standardisation des pratiques pédagogiques. Elles tendent à réduire le rôle du maître à celui de simple exécutant, appelé à remplir des cases devant correspondre à des indicateurs décidés par d’autres.  Elles contribuent à faire de lui un acteur du contrôle et du tri social des élèves.

Les conséquences sur le monde du travail

Avec le CV numérique, dont le LPC sera une composante essentielle, l’Etat et les entreprises disposeront de l’ensemble du curriculum des individus, sans possibilité pour le salarié de choisir ce qu’il souhaite ou non mettre en avant en fonction du poste recherché. Si l'on met cela en parallèle avec le projet de disparition des diplômes nationaux, le risque est grand que ce CV numérique serve de prétexte à faire sauter toutes les garanties collectives liées justement à l’existence de diplômes.

Le LPC n’est donc pas un simple outil d’évaluation. Inscrit dans un réseau de fichiers multiples, il vise à formater les individus pour satisfaire le marché du travail. Il s’attaque aux libertés fondamentales en remettant en cause le respect de la vie privée et le droit à l’oubli.

Résistance

Ce rejet du livret personnel de compétences est partagé par nos collègues du second degré, qui notamment à travers les syndicats de la FSU (SNES, SNUEP, SNEP) ont appelé l'an passé au boycottt. Au-delà du cadre professionnel, es dangers du LPC sont bien perçus par de nombreux parents d'élèves. La FCPE lors de son Congrès de juin 2011 a demandé son retrait : "Appelé à devenir numérique, il participe, avec base élèves, au fichage généralisé des enfants."

Plus récemment, c'est le Conseil Régional des Pays de la Loire qui vient de se positionner contre les fichiers en général, et contre Base Elèves et le LPC en particulier, demandant au Ministère leur suppression.

Ces déclarations  confortent la position de boycott du LPC  prise par le SNUipp-FSU. Nous nous adressons à la FCPE 72 pour une prise de position commune, impliquant les parents à l'échelle de chaque école (lettre type à l'IA...).

Dominique Chaperon

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