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Compte-rendu du Stage « Entrée dans le métier » du 5 décembre 2015

lundi 21 décembre 2015

« Les enfants de pauvres sont-ils de pauvres enfants ? »

C’est sous cet intitulé que le SNUipp-FSU 72 a organisé le vendredi 4 décembre un stage syndical destiné plus particulièrement aux « entrants dans le métier ». Une trentaine d’enseignant-es y ont participé, afin de réfléchir collectivement à la problématique posée par la relation « école-familles de milieu populaire ».

Pour ce faire, afin de bénéficier de leurs éclairages, outils et expériences, le SNUipp-FSU avaient invité Jacques et Jean Bernardin, deux militants du Groupe Français d’Education Nouvelle (GFEN) et Régis Félix, d’ATD Quart Monde. Les deux premiers étaient déjà intervenus lors du premier stage « entrée dans le métier » organisé en avril dernier, ainsi qu’à plusieurs reprises dans le cadre de réunions d’infos syndicales, colloques ou autres débats. Le SNUipp-FSU avait eu l’occasion de rencontrer et collaborer avec R. Félix il y a deux ans à l’occasion d’une soirée organisée à l’ESPE sur la question du rapport à l’école dans les milieux populaires.

Les démarches visant à expliciter les malentendus, représentations des un-es ou des autres, les difficultés qui en découlent, ont été très riches d’enseignement.

Ambivalence des attentes familiales
Jacques Bernardin a ainsi fait état des attentes parfois ambivalentes que les familles de milieu populaire peuvent avoir vis-à-vis de l’école. Alors qu’historiquement leur attente est qu’elles transmettent des savoirs pratiques, l’élévation du niveau d’exigence a peu à peu mis en difficulté les élèves issus de milieu éloigné des codes sociaux en acte à l’ école. Le flou des objectifs visés par les familles pour les enfants contribuent en partie à entretenir une confusion dans le sens donné au parcours scolaire : aller « le plus loin possible », « jusqu’au bout », en souhaitant « le meilleur, mais en sachant que le pire est possible ».

Cette ambivalence est source d’une tension importante pour les élèves, et nuit à leur réussite scolaire.
La question du rapport « instrumental » à l’école peut induire une méfiance vis-à-vis d’activités perçues comme "productives (Arts Plastiques, sorties...) de même que la logique d’un apprentissage conçu comme une accumulation de connaissances, sans liens entre elles. Les modalités du suivi scolaire sont également source de nombreuses incompréhensions (entre les parents qui en font trop, et ceux qui n’en feraient pas assez).

Repenser la coopération avec les parents
Face à la difficulté ressentie par de nombreux enseignant-es à rencontrer les parents, des pistes ont été recherchées lors d’un travail en groupes. Comment associer les élèves à la présentation de ce qui se fait en classe, comment les parents s’y sont-ils pris-ils pour réussir les apprentissages acquis par les enfants (apprendre à marcher, faire du vélo, parler...) ces questions, en lien avec les expériences des un-es et des autres ont permis d’ouvrir des perspectives.

Ecole et Grande pauvreté
Pour R. Félix, l’école a un rôle éminent dans la lutte visant à éliminer la grande pauvreté. Celle-ci se définit par une accumulation de précarités (argent logement, santé et parcours scolaire chaotique...). A travers la projection d’interviews de personnes faisant état de leur parcours solaire, on peut prendre conscience de l’intensité de la violence symbolique qu’ils ont vécue et vivent à travers leurs enfants. Le témoignage d’un enseignant exerçant en Education prioritaire pointe les insuffisances de la formation et de l’accompagnement de celles et ceux qui se retrouvent désarmés face aux difficultés auxquelles ils sont confrontés. R. Félix s’interroge sur les raisons du fossé qui existe entre l’école et les familles pauvres. Souvent perçus comme démissionnaires, les parents placent en fait beaucoup d’espoir dans l’école. Mais cet espoir est continuellement déçu car l’échec scolaire reprend le dessus. Comment instaurer le dialogue et la confiance ? Quelle place est faite à l’école dans les savoirs que ces enfants ont développés par ailleurs ? Autant de pistes à explorer pour avancer sur cette question.

Le bilan « à chaud » des collègues présents a été très positif. L’expression, unanime, de l’intérêt ressenti à pouvoir échanger, sans contrôle et librement, nous conforte dans notre souhait de continuer à développer ce type d’initiatives. Nous avons à ce titre souligné qu’il est de la responsabilité de notre syndicat de contribuer à mettre en œuvre les conditions d’une réflexion collective qui permette à la fois l’échange et la reprise en main du métier par celles et ceux qui le pratiquent.

Les discussions durant le stage, de même que les échanges que nous pouvons avoir avec la profession dans le cadre des réunions syndicales, ou à travers les nombreux appels venant des écoles et des collègues confirment cette nécessité de réappropriation.

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