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Convention ruralité - 128 écoles menacées ?!? (ou Rurale leaks…)

samedi 24 septembre 2016

Dans un article paru samedi 24 septembre, le Maine Libre fait état, suite à une fuite, du projet de convention concernant les écoles rurales que le Directeur Académique souhaite mettre en place d’ici juin 2017. Cette fuite (organisée ?!?) interroge sur la méthode employée comme sur les choix politiques qui président à une casse à grande échelle de l’école rurale sarthoise.

Nous vous invitons à prendre connaissance de l’article et de son contenu avant de lire la suite de cet article !

PDF - 667 ko
Article du Maine Libre sur la Convention ruralité de la DSDEN de la Sarthe
Cliquez sur l’image pour agrandir le document !

Lien vers l’article en ligne du Maine Libre (Le .pdf est plus complet)

Question de méthode

  • Les mauvais coups supportent mal la transparence
    Ce genre de projet, élaboré dans le secret et auquel seul un petit groupe d’initié-es a accès, ne supporte pas la transparence. Est-ce un hasard si c’est par une fuite qu’un tel projet est « découvert » et annoncé dans la presse comme un scoop ?!?
    Avec dans le rôle de la victime, l’école rurale poignardée façon Hitchcock, dévastée façon Attila !!!
    L’État (la préfète), l’Éducation Nationale (le DASEN) et le Conseil Départemental (son Président, D. Le Mener) sont dans un jeu de rôles, chacun ayant des intérêts bien compris à la mise en œuvre d’une telle convention.
  • Vous avez dit concertation ?!?
    Force est de constater que le dialogue social dans ce pays ne cesse d’être bafoué, et ce à tous les niveaux : du Parlement où le recours au 49.3 est devenu une manière de gouverner, jusqu’aux instances départementales, c’est l’arbitraire qui règne.
    Où est la réflexion concertée et partagée par les différents acteur-trices de l’école rurale concerné-es par un tel projet ? Tout laisse à penser qu’il s’agit là d’un projet qui arrive tout droit du ministère (il faut savoir que de telles conventions existent déjà dans d’autres départements - Article du SNU 12) et qui est à prendre ou à laisser ? Avec, en dernière analyse la réponse suivante : « Dans tous les cas, vous perdez vos classes et vos écoles. »
  • C’est pour votre bien !!!
    Les « arguments » pédagogiques ne sont qu’un verni masquant mal les véritables intentions. Il s’agit en fait de faire passer la pilule de fermetures tous azimuts sous couvert « d’isolement des enseignant-es » ou de « maintien des écoles à deux classes et la création de pôles à trois classes regroupées ou dispersées [qui] ne constituent plus une réponse adaptée et pérenne aux problématiques actuelles »(Quelles problématiques ? Celle d’une récupération de postes qui n’ose pas se clamer ? Le DASEN se garde bien de les définir). Il poursuit et amplifie la politique qu’il a voulu mettre en œuvre à son arrivée dans le département. Pour mémoire, rappelons la quarantaine de fermetures qu’il avait tenté d’imposer en février 2016. (lien vers article carte scolaire février 2016)
    Face à ces contre-vérités, faut-il rappeler que des études sérieuses montrent au contraire, qu’à niveau social équivalent, les élèves des écoles rurales réussissent mieux, comme le rappelait en mai 2015 la Fédération Nationale des Écoles Rurales.
    Faut-il également rappeler que si l’école rurale est amenée à mettre davantage en place des classes à niveaux multiples, ces organisations permettent aux élèves de gagner en autonomie, et pour les enseignant-es de travailler avec l’hétérogénéité des rythmes des élèves. Les nouveaux programmes insistent par ailleurs sur la notion de cycle afin qui permettent de laisser aux élèves le temps d’apprendre.
    Faut-il encore rappeler aussi que c’est dans les écoles rurales que s’origine aussi la création de pédagogies nouvelles et innovantes et ceci de part la nature de la constitution des classes ?
    Cela nécessite bien sûr que le nombre d’élèves par classe soient adapté à ces conditions d’enseignement, et c’est là que le bât blesse, lorsqu’on doit, comme cette année dans notre département, rendre 12 postes !

Question de choix politiques

Tous ces plans échafaudés n’ont qu’un seul objet. Masquer le problème de fond, celui du choix politique qui impose de telles contraintes et semble rendre inéluctable ce qui ne l’est pas !

Ce sont bien les choix budgétaires imposés par la loi NOTRe [1] et par la baisse des dotations de l’État aux collectivités territoriales qui viennent percuter le fonctionnement de l’école rurale.

Dans l’article du Maine Libre, le DASEN dévoile sa façon de penser :
« Cette situation », affirme Jean-Marc Milville, « fragilise les écoles et leurs structures, des fermetures de classes y sont inéluctables. » Puis, plus loin :
« Ce que doit se dire un maire, ce n’est pas « il faut une école dans ma commune mais il faut une école pour ma commune. » »

Mais quelles seront les contraintes en terme de regroupement des communes ?
Quel nombre d’élèves rapporté au nombre d’habitant-es, quel nombre de classes minimum pour mettre en œuvre la création d’un regroupement ?

Une fois de plus, on concentre, on regroupe. Mais pour le bénéfice de qui ? Certainement pas celui des élèves et de leur famille qui se verront immanquablement éloignés de leur lieu de vie au risque d’aggraver les difficultés vécues par certaines familles à tisser des liens avec l’école et les équipes enseignantes.

L’objectif caché de cette restructuration, c’est bien la récupération d’un nombre important d’emplois. C’est une manière d’aligner toujours plus vers le bas le P/E [2] qui détermine la dotation en poste des département et par conséquent agit sur les ouvertures/fermetures.

Cette convention signifie clairement que les postes d’enseignant-es en milieu rural sont considérés d’abord comme un coût. Elle marque également un coup d’arrêt aux logiques d’aménagement du territoire et d’égal accès au service public pour toutes et tous. Ce type de politique va rendre les territoires ruraux beaucoup moins attractif pour les classes moyennes et populaires. Cette véritable rupture d’égalité des territoires risque fort de concentrer davantage les plus précaires dans les quartiers urbains dit populaires, mettant toujours plus à mal la mixité sociale et donc scolaire !!!

Car pour le SNUipp-FSU 72, c’est bien de cela dont il s’agit. La négation par le ministère et le rectorat des particularités de la Sarthe, qui conjugue :

  • une forte proportion d’élèves scolarisé-es en REP et REP+ (la Sarthe a, proportionnellement à son nombre d’élèves, 2 fois plus de REP/REP+ que la Loire-Atlantique). Cette proportion fausse le P/E puisse que les seuils de REP/REP+ sont plus bas que les seuils ordinaires.
  • une forte ruralité où les effectifs sont parfois moins chargés (mais où la réussite scolaire est réelle) qui grève encore le P/E.

La réforme des rythmes scolaires et « la difficulté à organiser les temps périscolaires » ont bon dos. Après avoir imposé, là encore, une réforme mal faite, mal pensée, qui fait peser sur les communes le poids financier de l’organisation des TAP [3], on utilise cet argument pour justifier la réorganisation des écoles. Quant au problème des bâtiments difficiles à entretenir, il est clair que la baisse des subventions aux communes, liée à la politique d’austérité de l’État, n’arrange pas les choses !!!

Dans l’histoire de ce département, le SNUipp-FSU 72 a toujours soutenu la mise en place des RPI comme outil de maintien d’un service public de qualité dans chaque commune. La concentration envisagée par le DASEN, le Président du Conseil Départemental et la préfète tourne le dos à cette philosophie. Tous sont intéressé-es :

  • la préfète par l’économie des moyens qu’exige l’État
  • le Conseil Départemental par l’économie des moyens sur les transports déjà initiée (en période de disette budgétaire, il n’y a pas de petites économies)
  • le DASEN par la réorganisation du « management » dans l’Éducation Nationale et la rationalisation du « coût » que représentent les enseignant-es des écoles rurales.

Agir ensemble pour défendre l’école rurale

L’administration crée les conditions d’une fragilisation des écoles rurales. Ensuite, elle utilise cette fragilité pour proposer/imposer de nouvelles régressions qui vont accélérer le phénomène « d’exode » plutôt que de l’enrayer.

Concernant le P/E [4]

Prenons un exemple avec 4 écoles de 3 classes et 1 école de 12 classes.
Avec l’application des seuils, c’est imparable, le regroupement des 12 classes dans une seule école va entrainer des fermetures de postes.

Avec 4 écoles de 3 classes, le seuil de fermeture est indiqué à 47 élèves pour chaque des écoles. Cela concerne/représente donc un effectif minimum total de 141 élèves. (le nombre d’élève moyen par classe étant situé au maximum 23,5 après fermeture)
Avec une école (super regroupement version convention rurale) de 12 classes, le seuil de fermeture est alors situé à 286 élèves pour fermer une classe. (Moyenne de 26 élèves par classe après fermeture). Avec cette logique, pour accueillir 141 élèves, il ne faut plus qu’une école de 6 classes. Ainsi, au détriment de la proximité du service public d’éducation et en concentrant le nombre d’élèves par classe, la DSDEN peut ainsi après 5 ans (maximum) récupérer 6 postes d’enseignant-es pour le même nombre d’élèves.

Les logiques implacables de la gestion par le P/E sont donc bel et bien à l’œuvre dans la convention que prépare le DASEN. Le faire baisser, comme c’est le cas actuellement, cela signifie investir moins de personnels pour 100 élèves et cela implique de regrouper les structures.

Gestion des seuils

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Seuils de carte scolaire en Sarthe - cliquez pour aggrandir

La grille des seuils peut être vu de deux façons.

  • Soit comme un instrument au service d’une politique favorable à l’école rurale
  • Soit comme un instrument au service de la gestion austéritaire.

Il y a dix ans, pour favoriser le maintien des postes dans les petites écoles, était appliqué un avantage de -5 pour les écoles de moins de 5 classes.

Pour assurer le maintien des RPI était appliqué « un avantage de - 5 » . Soit -10 pour un RPI de 3 classes. Dans notre exemple, actuellement, l’administration ferme une classe dans un RPI de 4 classes à 73 élèves. Il y a dix ans, ce RPI ne devait fermer sa 4e classe que lorsque le nombre d’élèves atteignait 63 élèves.

Qu’est ce qui a changé en 10 ans ?

La volonté politique !

La France n’est pas moins riche qu’il y a 10 ans (au contraire !), mais elle a décidé de réduire la dépense publique, c’est-à-dire de réduire les Services Publics. Ce faisant, est-il crédible de parler priorité au primaire tout en appliquant de telles mesures sous couvert d’intérêt pédagogiques ?!?

Entre 63 élèves (politique volontariste antérieure, en faveur des RPI et des petites écoles notamment rurales) par rapport au seuil initial de 73 élèves et demain les « super » RPI concentriques, deux conceptions diamétralement opposé d’un service public s’affrontent. Dans le même temps, l’État a notamment mis en place le CICE qui a amputé le budget de l’État (et donc des collectivités territoriales puisqu’il y a des baisses considérable des dotations vers ces territoires) de presque 50 milliards d’euros… Sans pour autant créer d’emplois… Cherchez l’erreur !?!

Quand le DASEN parle de « grande dispersion de petites structures », nous lui opposons qu’il faut des moyens pour le maintien d’un service public de qualité, permettant un maillage territorial fort, gage de proximité notamment avec les familles. Dans la séquence politique qui s’ouvre, le SNUipp-FSU 72 attire l’attention sur le risque de renforcement du sentiment d’abandon des habitant-es de ces territoires. Le lien entre ce sentiment d’abandon et la progression du vote pour l’extrême droite a été dans de nombreuses situations constaté. Il s’agit donc bien là d’un enjeu de société important.

Le SNUipp-FSU 72 mettra tout en œuvre pour lutter contre ce projet et construire une alternative à ce démantèlement de l’École rurale orchestré au plus haut niveau de l’État et maintenant mis en œuvre dans notre département.

Notes

[1] Nouvelle organisation territoriale de la République

[2] ratio de Professeur-e pour 100 élèves

[3] Temps d’Accueil Périscolaires

[4] ratio de Professeur-e pour 100 élèves

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