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Témoignage d’une ZIL remplacée par un.e contractuel.le

vendredi 28 septembre 2018

Retrouvez ici un témoignage (d’une collègue ZIL) tellement emblématique de la situation et du mépris de l’administration pour les élèves, leurs familles et les enseignant.es

Pour qui nous prend-on ?

J’arrive à la rentrée dans une classe vidée, programmée à la fermeture.
Je suis titulaire remplaçante. Mon métier c’est de remplacer les absences des collègues ayant des classes à l’année.
J’ai su le 31 aout que j’étais affectée sur un poste à priori à l’année. C’est un poste sur une classe de CM1 CM2 qui avait fermé au printemps et qui a rouvert à la rentrée. Du coup, la salle était vide. Puisqu’elle était censée ne plus servir on l’avait probablement vidée. Pas de méthode de français ou de mathématique, pas d’affichage, Rien.

Le jour-même je viens dans l’école, et je compte sur la conseillère pédagogique pour avoir un peu d’info. Je rencontre les collègues dans la foulée.

Urgence préparatoire. Je m’y plonge...

Tout de suite et dans l’urgence il faut faire les commandes de matériel, que les autres collègues ont anticipées en juin. Ca prend beaucoup de temps, surtout pour quelqu’un qui, comme moi, n’ayant exercé que des postes de remplacement depuis mon début de carrière il y a 3-4 ans, n’est pas habituée à faire ces choix, à lire ces documents. Quoi fournir aux élèves par commande de classe, quoi demander aux élèves comme matériel personnel, quels supports choisir… Autant de choix qui engagent pédagogiquement et organisationnellement. Il faut mobiliser beaucoup d’énergie intellectuelle et nerveuse pour cela quand il n’y a pas de routine installée. Heureusement qu’une solidarité d’équipe était là !

Pression de la situation. Je résiste...

Une pression des parents s’exerce en parallèle, car pour cette classe qui devait disparaître il n’y a bien sûr pas eu de liste de fourniture donnée en juin. Là encore, urgence sur fond de récrimination possible, les rayons des magasins se vidant des affaires les plus visibles. Sentiment d’être encerclée par les contraintes.

Le boulot je le fais...

Au bout du compte, tout s’est fait normalement d’un point de vue de service, mais dans des conditions tendues.
Dans l’anonymat le plus total… je continue.
Côté reconnaissance, on est seuls et l’institution que nous faisons vivre ne soupçonne même pas cette réalité. Remplaçante, je n’ai même aucun document officiel qui me dit d’être là. Le directeur n’a rien non plus de son côté.
La classe et moi travaillons sans moyens...
Il a fallu ensuite enchaîner avec la rentrée. J’ai passé le premier weekend avant rentrée sur les commandes de cahiers. Ironie du sort, je reçois cette semaine (fin septembre) ces commandes, au moment où l’on m’annonce que je pars… C’est pourquoi, depuis la rentrée, les élèves ont travaillé sur des copies volantes, avec toute la difficulté, pour celles et ceux les plus éloigné-e-s de l’école, à garder une trace scolaire efficace dans ce type de dénuement matériel.

La pression est toujours-là… Je résiste

On sent bien que notre arrivée soulève beaucoup de questions. On est observée. A la réunion de rentrée il ne manquait pas une famille. C’est du stress parce qu’on ne sait pas comment les parents vont réagir lors de cette réunion, même si sur le fond ça s’est bien passé et qu’ils ont été compréhensifs.
Je ne compte pas mon temps, il faut tout gérer, tout faire… Je fonce...
Avec les collègues on a fait les programmations en sciences, en anglais, en histoire, car on décloisonne. On a aussi des projets à l’année. Les programmations en mathématiques et en français je les ai faites avant la rentrée, lors de ce long weekend de commandes de matériel…
J’ai encore travaillé beaucoup ces dernières semaines.

Depuis le début de l’année, le seul weekend pendant lequel je n’ai pas travaillé c’est le dernier (fin septembre). Les autres j’ai passé mes samedis et dimanches à programmer la semaine suivante, ou du moins ses deux premiers jours. Corrections, préparations de cahiers, …. Ca a été du temps plein. Pas simplement deux heures par jour… L’organisation structurelle de la classe se fait aussi peu à peu, en plus du flot du quotidien : affichages, programmation, matériel pour organiser des espaces différenciés, … Il faut rappeler que la salle était vide en dehors des chaises et des tables. Je me projetais sur du travail pendant les vacances de la Toussaint…

Arrêt sur image ! STOP !

Le bureau des remplacement m’a téléphoné mercredi dernier et m’a prévenue qu’après les vacances de Toussaint je serai sûrement remplacée. Ce retournement de situation (mon départ), rend incertains tous les projets. Ceux des sorties scolaire de fin d’année deviennent difficile pour l’équipe, car on ne peut impliquer les gens dans ce type de pratique, sans avoir leur accord. On ne sait pas du coup, compte tenu des délais, si c’est jouable ou pas. C’est la même chose pour le projet de correspondance scolaire, les organisations de rencontres sportives. Le fait-on ? Abandonne-t-on ?… Beaucoup d’incertitude.

On me dit que probablement je ne serai plus là et c’est totalement décourageant. Je ne sais pas si je dois travailler ou pas, faire évoluer les projets ou pas si c’est quelqu’un d’autre qui les prolongera, voire les arrêtera…


Et les enfants dans tout ça ?

Du côté des enfants, quand on arrive en tant qu’enseignante, on se concentre sur les élèves qu’on perçoit fragiles. On noue avec eux un travail, un affect, une confiance. Le changement sera une difficulté pour eux, c’est sûr.
Je suis inquiète parce que, dans ce contexte où des contractuel-le-s nous remplacent, une personne sans formation comme ils/elles le sont, doit déjà tellement se concentrer sur le groupe, son organisation générale, qu’elle ne peut pas porter l’attention qu’attendent ces enfants à la hauteur de ce que peut faire quelqu’un qui est formé.

Et moi ?

C’est très flou. Je ne sais plus si je dois encore m’investir ou pas. C’est fou. C’est flou et fou.

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