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Déclaration préalable à la CAPD du 21 mars 2019

vendredi 22 mars 2019

Retrouvez notre compte-rendu en ligne ici

Quand les syndicats participeront au meilleur des mondes

La loi pour l’école de la confiance, dite loi Blanquer, est une véritable ode à la bienveillance et à la confiance… C’est pourquoi nous souhaitions, par cette déclaration liminaire, en faire le constat avec vous.

Article 1

Son article 1, ne vise qu’à protéger les enseignant.es d’elles et d’eux-mêmes, de leurs paroles malencontreuses, de leurs dérapages malheureux. Alors qu’elles et ils ne comprennent rien des politiques d’austérité et d’inégalité au profit d’une minorité… pardon... qu’ils ne comprennent rien des politiques jupitériennes qui les protègent.

Cet article 1 n’a d’autre but que d’éviter aux enseignant.es de se perdre en arguties.

L’article 1 indique : « Par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation. »

Il n’y a qu’à observer l’exemplarité des dirigeant.es actuel.les [ou passé] pour s’en convaincre.
• Ainsi, le ministre de l’Intérieur, le 9 mars dernier pilotait-il son ministère depuis un « établissement de nuit » lui permettant d’être, littéralement, sur « la piste des opérations ». Il a d’ailleurs toute la confiance du 1er ministre.
• Exemplarité encore, avec la secrétaire d’État à l’écologie dont le véhicule qui la transportait, a été flashé, il y a un mois jour pour jour, à 150km/h en lieu et place des 110 imposés au commun des mortels, en plein pic de pollution.
• Exemplarité olympienne enfin, que celle du Président de la République, qui évoquait, lors de l’un de ses désormais célèbres discours emplis de respect et de bienveillance, « celles et ceux qui ne sont rien ». Mais poursuivons…

L’article 1 bis, par sa portée pédagogique et historique effacera des mémoires les imposteurs que sont les Langevin & Wallon, les Gisèle de Failly, les Henri et Odette Bassis et autres Decroly ou Freinet.

Qu’on en juge : « La présence du drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge, du drapeau européen ainsi que des paroles du refrain de l’hymne national est obligatoire dans chacune des salles de classe des établissements du premier et du second degré, publics ou privés sous contrat. »
Assurément, on touche là à la quintessence de la Loi Blanquer qui pourrait d’ailleurs, par équité, par transparence voire par probité, s’appeler la Loi Blanquer/Ciotti tant l’apport de ces deux illustres défenseurs de l’école publique restera dans les mémoires et les annales.
Car, personne n’avait songé... sinon osé avant eux... proposer une telle mesure,
• tant l’impact en sera déterminant sur la réussite des élèves,
• tant ces éléments visuels agrémenteront les murs rutilants de toutes les écoles qui, c’est bien connu, débordent de moyens, de personnels et d’équipements pédagogiques.

On peut même se demander si de tels outils ne vont pas repousser les murs et ainsi augmenter la taille des salles de classe.

Le Meilleur des mondes, disais-je !

Article 3

L’article 3 n’est pas moins bienveillant. En effet, alors qu’à ce jour, seulement 97 % des enfants de 3 ans sont scolarisés en France, le ministre propose, ...
dans un courage politique qui ne sera probablement jamais égalé, ...
que l’âge de la scolarisation obligatoire passe de 6 ans à 3 ans.
• Quand bien même d’obscur.es représentant.es des enseignant.es portent une dérisoire revendication portant l’âge de scolarisation obligatoire de 16 à 18 ans afin de garantir à toutes et à tous un droit à la scolarité le plus ambitieux possible (comble de l’irréalisme).
• Quand bien même ces mêmes obscurs représentants des enseignants veulent-ils/elles contraindre la Puissance Publique à se doter des moyens nécessaires pour faire face au décrochage scolaire qui ne touche que 150 000 jeunes par ans ?
• Quand bien même des esprits chagrins évoquent, à propos de cette mesure, un cadeau au privé. Mais comment osent-ils penser cela ?

Nous posons cette question très pragmatique :

Que sont 150 millions d’euros pour des petites communes qui ne savent plus quoi faire de tout leur argent tant les politiques à l’œuvre redistribuent les richesses ?

Vient ensuite l’article 6 quater qui ouvre la possibilité de créer des « Établissements publics des savoirs fondamentaux ». Tout EPSF aura alors vocation à regrouper des classes d’une ou plusieurs écoles situées dans « son secteur de recrutement », dans le collège local.

Là encore, qu’on en juge… En permettant de regrouper les élèves dans les chefs-lieux de cantons, c’est tout le système éducatif public qui s’en verra amélioré.
De tels regroupements d’enfants de 3 ans et d’autres de 15, sur un même lieu, éloigné des familles, quelle idée excellente !

S’y ajoute le bonheur pour tout ce petit monde de faire matin et soir, de jolies balades bucoliques en transport sur des dizaines de kilomètres.

Puisqu’il est admis que le réchauffement climatique est une fake-news, cela tombe bien.

On se demande d’ailleurs bien pourquoi, dans un communiqué de presse publié le 27 février dernier, l’Association des Maires Ruraux de France, qu’on connaît plutôt modérée, indique : « Ce démantèlement des structures est en total contradiction avec la notion de cohésion territoriale. Les discours bienveillants ou les actes inspirés par une administration sans scrupule qui ressort les propositions du rapport Mauger. Le prétendu « nouveau monde » s’inspire des avis chloroformés de rapport datant de 1992, malgré les alternances politiques. Cela montre bien qu’il existe, dans le domaine de l’Education nationale comme dans d’autres domaines, une permanence de la main de l’État qui s’affranchit du politique et impose sournoisement ses choix et une faiblesse coupable des majorités davantage poreuses et dociles aux injonctions de l’Administration qu’à l’écoute des élus locaux et des habitants ».

Quel dommage que ces élus ne comprennent pas que ce nouveau monde est bien le meilleur des monde !

Article 9

L’article 9 quant à lui entérine la création du Conseil de l’Évaluation de l’École tout en supprimant le CNESCO.

Il démontre la volonté de confiance du ministre, puisqu’il a choisi 10 des 14 membres (4 seront là en dehors de toute influence de sa part !) et que les sujets dignes d’être évalués le seront sur son seul avis bienveillant.

Là encore on se demande pourquoi un certain Marc Bablet, récemment retraité, indiquait au sujet du président du CEE Stanislas Dehaene :
«  certains scientifiques remarquables dans leur domaine de spécialité parlent de l’école sans avoir jamais travaillé scientifiquement sur la question scolaire. Il ne suffit pas d’être un grand scientifique pour connaître quelque chose à l’école. »
Quel extrémisme, quel dogmatisme, dans le propos de Marc Bablet !

Article 10 à 12

Les articles 10 à 12 vont eux faire advenir les INSPE, futurs hauts lieux d’une pédagogie précédemment citée. Ces instituts verront leurs directeur.trices directement désigné.es par le ministre lui-même et non par le Conseil de l’ESPE comme c’était le cas jusqu’à présent.

C’est, là encore, une belle preuve de la grande confiance que JM. Blanquer accorde au monde universitaire...

...que de lui éviter d’avoir à se prononcer sur le sujet aussi trivial de nominations qui seront toutes, soyons en sûrs, bienveillantes.

Article 14

Enfin last but not least, l’article 14. Quoi de mieux pour aider les élèves, pour aider l’École publique que de recruter des étudiant.es dès la L2, afin qu’elles et ils assurent des « missions d’enseignement en responsabilité de classe ».

N’est-ce pas là encore, une démonstration de bienveillance ?
• Tant envers les élèves et leurs familles
• qu’envers les personnels eux-mêmes.
Avec de moindres salaires et un statut de contractuel.le, ces personnels seront plus proches des réalités de vie d’une part grandissante de la population, de plus en plus précarisée.
Connaissant eux-mêmes les difficultés des familles de leurs élèves à boucler les fins de mois, ces étudiant.es acquerront de facto une fine connaissance des milieux populaires, ...
bien mieux qu’avec une lourde formation universitaire
• qui leur ferait étudier et comprendre Bourdieux, Passeron,
• qui les ferait travailler à partir des analyses produites par des Universités comme Paris VIII,
• qui les mettrait en lien avec les travaux d’E. Charmeux, de B. Charlot, de J. Bernardin, de P. Meirieu, de S. Bonnery, et de tant d’autres.

Quelle perte de temps et d’énergie que la formation universitaire professionnalisante, alors que la vie peut vous apprendre tant de choses ! La bienveillance du ministre envers les personnels est incommensurable..

Interpellation de la DASEN

Foin des délices du ministre, Madame la directrice, après ce moment de rêve d’un meilleur des mondes auquel nous consentirions, nous affirmons ici que jamais l’école publique n’a été à ce point menacée de déclassement, que jamais on aura réuni autant de raisons pour gonfler les rangs d’une école privée sous contrat et aussi hors contrat.

Nous dénonçons une gestion mortifère de l’école publique, nous faisant rejoindre le modèle anglo saxon d’un service public de bas étage, dont la raison d’être est réduite à accueillir tous ceux qui n’auront pas pu se payer une école privée près de chez eux, école privée proposant une offre pédagogique « marchandisable », « commercialisable ».
Les maires ruraux, élus communaux de terrain, par définition peu enclins aux exagérations du jeu politique, utilisent des termes très forts en parlant de notre administration et la caractérisent de « sans scrupule ».

Pouvons-nous rester insensibles à une telle affirmation ?

Vous... comme Nous ?

Les évolutions prévues et développées ici, de gestion tout à la fois austéritaire et autoritaire, ne risquent-elles pas de transformer en repoussoir l’institution publique, quand elles ne suppriment pas directement des branches entières de son réseau d’écoles ?
Le projet, -qui serait effectivement sans scrupule-, de remplacement de l’école publique laïque par d’autres formes privées de scolarisation, inquiète toute la profession et s’est exprimé mardi 19 mars.

Cela se passerait sans qu’aucune chambre politique, sans qu’aucun acteur de l’exécutif, sans qu’aucun vote explicite, n’ait approuvé cette orientation clairement exprimée.
L’école publique, nous en conviendrons ensemble, est pourtant la clef de voûte fondatrice de notre république et de la démocratie.

C’est pourquoi, le 30 mars prochain, nous prenons la responsabilité d’ouvrir aux acteurs de terrain, enseignants, directeurs d’école, AESH, parents, citoyens, mais aussi acteurs de la chaîne hiérarchique, (car nous syndiquons aussi des inspecteurs), un espace de parole, d’action, de manifestation pour stopper la maltraitance faite
• aux élèves et à leurs familles,
• aux agents de l’école, qu’ils soient enseignants, territoriaux, AESH,
• aux élus et
• à l’école publique...

École publique que nous avons la responsabilité historique de porter haut et fort, encore plus ambitieuse dans ses fonctions
• de formation du citoyen,
• d’émancipation,
• de couverture du territoire au plus près des populations
• de service public gratuit et laïque.

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