Retour accueil

fontsizeup fontsizedown {id_article} impression envoyer l'article par mail envoyer par mail

Refonder l’enseignement de l’orthographe à l’école... La circulaire de trop ?!?

dimanche 22 avril 2012

Le ministère de l’Éducation nationale publie une circulaire à destination de tous les enseignants et visant à rappeler la place de l’orthographe dans les apprentissages...

Après 5 années, durant lesquelles les gouvernements Fillon successifs n’ont rien trouvé de mieux à faire qu’ :

instaurer des nouveaux programmes fustigés par une majorité d’enseignants-es,

mettre en place un pilotage de l’école par l’évaluationnite aiguë,

à ficher les enfants et leurs familles avec base-élève puis avec le LPC,

évaluer les élèves dès la maternelle,
revendiquer la prééminence de la religion catholique sur l’école dans la transmission des valeurs [2],

réduire à néant la formation des enseignants-es,

imposer l’Aide personnalisée pour soi-disant lutter contre les difficultés scolaires et permettre à tous de bénéficier de l’équivalent d’un soutien scolaire privé,

à mettre en place des stages pendant les vacances,

à supprimer l’accueil des enfants de 2 ans dans les classes de maternelles,
à « chasser » les personnes sans-papiers et leurs enfants jusque dans les écoles,
palabrer sur l’autorité et le respect perdus des enseignants-es,
favoriser l’enseignement privé au détriment de l’enseignement public,

entraver gravement l’exercice du droit de grève avec la mise en place du SMA,

mettre en place, après avoir imposé une réforme des rythmes scolaires contestée par l’ensemble de la communauté éducative avant même son application,
une conférence sur ce sujet qui n’aboutira à rien,


fermer les RASED,

à supprimer plus de 80 000 postes d’enseignants,

Bref, après que ces gouvernements aient mis en œuvre tout un ensemble de mesures dont la cohérence se trouve dans la volonté de redéfinir l’école dans une optique libérale (concurrence entre élèves, enseignant-es, établissements, réponses aux nouveaux besoins de l’employabilité capitaliste…), l’actuel ministre de l’Éducation nationale a mis en ligne un communiqué de presse sur la mise en place d’une circulaire visant à « Refonder l’enseignement de l’orthographe à l’école »...

Une nouvelle fois, le ministre de l’E.N. « dirige » à courte vue, prend les enseignants-es pour des incompétents-es voire des idiots-tes et sort un nouveau lapin de son chapeau comme pour un énième mauvais tour de passe-passe médiatique !!!

Mais quel est l’objet de cette circulaire ? Rappeler aux enseignants ce qu’ils font déjà ?
Et pourquoi pas une circulaire pour rappeler aux enseignants que leurs élèves doivent apprendre tant qu’on y est !?!

Qui ira dire que l’enseignement de la langue française et l’orthographe n’est pas important ?

Les enseignants du premier degré n’ont pas attendu l’arrivée de Luc Châtel et de ses circulaires époustouflantes et éclairantes tels des phares brillants de milles feux (mais en pleine journée !!!) pour enseigner l’apprentissage de l’orthographe au quotidien. Bien au contraire !

Pire, cette circulaire est contradictoire avec les objectifs poursuivis par la mise en place des évaluations CE1 et CM2 et dont le but n’est pas d’aider les enseignants à évaluer et faire progresser leurs élèves mais à établir des classements d’items et par ce biais, « piloter » l’école. Ces évaluations créent des effets de bachotages dont les effets négatifs sont connus et reconnus y compris par celles et ceux qui les ont mis en place, par exemple aux États-Unis puisque les enseignants doivent rendre des comptes sur les résultats aux évaluations et non sur les moyens qu’ils mettent en œuvre pour faire réussir les élèves !

Luc Châtel a-t-il pour objectif de promouvoir la ritualisation comme dispositif pédagogique ? Il fallait au moins une circulaire pour enfoncer une porte déjà grande ouverte par ses prédécesseurs !

Affirmer que la maîtrise de l’orthographe des élèves est moins bonne qu’il y a 30 ans n’est pas une nouveauté. De nombreuses recherches en attestent. Poser cette problématique en termes de systématisation d’exercices est pour autant extrêmement réducteur, voire démagogique. La question de l’orthographe et de sa maîtrise ne se limite pas à la seule connaissance des règles. De tous temps, elle a été source de débats et sujet de crispation car elle a été et reste un outil puissant de distinction et de sélection sociale. Pour autant et par ailleurs, son statut évolue, et le rapport à l’écrit dans notre société de l’image et du son n’est plus le même qu’il y a quelques décennies. Ainsi, si la maîtrise de l’orthographe (associée à la celle de la langue écrite) était il y a 30 ans et plus la condition sine qua non pour passer aux cycles secondaire et supérieur, aujourd’hui, de nombreuses autres compétences sont exigées, ce qui réduit forcément le temps consacré à cet apprentissage, et relativise son statut.

La question de l’orthographe est une question importante, mais elle relève du débat sociétal, et ne saurait être réglée par une circulaire de dernière minute. A moins qu’on ne veuille encore une fois montrer à quel point notre école est mauvaise, et à quel point il est nécessaire de la « réformer ».

Personne n’est dupe, à ce titre, du double discours que le gouvernement tente de faire passer : d’un côté, le niveau baisserait (la faute aux « pédagogues »), et de l’autre les réformes actuelles le feraient remonter « rapidement ». Quel mépris pour les enseignant-es, les élèves, et pour les citoyens à qui on veut faire prendre des vessies pour des lanternes.

Enfin, si on voulait quand même penser que le Ministre s’intéresse vraiment à cette question de l’orthographe, on ne pourrait qu’être troublé en constatant sa méconnaissance des mécanismes liés à l’apprentissage des règles orthographiques (et des apprentissages en général) lorsqu’il déclare vouloir « favoriser une amélioration durable et rapide des résultats des élèves... », comme s’il suffisait de mémoriser pour s’approprier un savoir aussi complexe que celui-là.

Une nouvelle fois (une fois de trop certainement !) on constate que seul l’effet com’ est recherché. L’insistance sur la rapidité des effets escomptés sur les évaluations est révélateur du rapport aux apprentissages qui guide la réflexion ministérielle : une soi-disant efficacité de surface, évaluable rapidement, garante d’un retour sur investissement qui caractérise hélas l’actuelle politique éducative.

Les enseignants-es eux-elles, visent évidemment à ce que les apprentissages (ceux liés à l’orthographe comme tous les autres) soient durables. Cela demande du temps, de la réflexion, dans le cadre d’une formation initiale et continue qu’il serait temps de remettre à l’ordre du jour.

Alors, pourquoi tant d’empressement ??? Serait-ce l’imminence de certaines échéances qui presse tant notre ministre ?

Pour le SNUipp-FSU 72,
Julien Cristofoli

Vous pourrez retrouver l’intégralité du communiqué de presse ici : Refonder l’enseignement de l’orthographe à l’école

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 |

ADRESSE : SNUipp-FSU 72, 29 Place d’Alger 72000, Le Mans Tel : 02 43 77 12 26 Fax : 02 43 23 33 73 Email : snuipp72