Retour accueil

fontsizeup fontsizedown {id_article} impression envoyer l'article par mail envoyer par mail

EDUCATION PRIORITAIRE : VERS LA FIN DES REP

vendredi 4 décembre 2020

Nathalie Elimas, secrétaire d’état à l’éducation prioritaire, a annoncé hier la mise en place d’une expérimentation dans 3 académies, Marseille Lille et Nantes qui remplacerait le dispositif REP par des contrats entre les établissements ou écoles et le rectorat.

Incroyable mais vrai ! C’est au cœur d’un deuxième confinement et alors que nous savons que les élèves les plus défavorisés sont ceux qui payent le plus lourd tribut à cette période de crise sanitaire que Jean-Michel Blanquer, décide d’attaquer frontalement l’Éducation Prioritaire. Par voie de presse une fois de plus et sans concertation, cela va de soi !

Une annonce faite un dimanche, en plein scandale sur le Syndicat « Maison » Avenir Lycéen et faite en exclusivité pour le Parisien, journal propriété de... Bernard Arnaud... Certainement un pur hasard !

La rentrée 2021 pour 3 académies dont la nôtre, sonnera la fin des REP ou REP+. A la place, le gouvernement mettra en place des « contrats » entre les écoles et établissements en difficulté et le rectorat. Ainsi seront repensés les moyens attribués en fonction des projets mis en place pour faire progresser les élèves, sans doute également en fonction des résultats aux évaluations nationales. Il sera ainsi facile de mettre au pas les enseignant.es en les guidant dans leurs enseignements : imposition d’une méthode de lecture, formatage de la pédagogie ...

La réforme annoncée comporte une véritable attaque contre les principes de justice sociale et scolaire. Elle propose en effet d’abandonner le principe d’une labellisation fondée sur des critères économiques, sociaux et scolaires transparents et concertés pour mettre en place un principe de contractualisation entre école et administration locale. Dès lors, elle met fin aux principes communs établis à une échèle nationale pour autoriser des appréciations locales et territorialisées non contrôlables.

Le SNUipp-FSU réaffirme ses principes et ses mandats : il réclame l’élargissement de la carte de l’Education prioritaire à tous les établissements remplissant les critères sociaux, économiques, et scolaires (dont les écoles orphelines). L’Education prioritaire doit être fondée sur une labellisation unique mais il faut surtout des moyens pour cette politique. Ce dont JM Blanquer ne dit pas un mot !

Le dédoublement des classes de CP, CE1 et GS se fait à moyen constant. De ce fait, elle dégrade les conditions de travail des autres classes : augmentation des effectifs en PS, MS, CE2, CM1, CM2 en éducation prioritaire et hors Éducation prioritaire. Elle s’est aussi traduite par la disparition du dispositif PMQDC et la baisse importante des moyens de remplacement.

Malgré le creusement des inégalités scolaires produites par le premier confinement, aucun moyen supplémentaire n’est venu renforcer le travail des équipes. Les RASED sont en lambeaux, conséquence directe d’une politique qui abandonne l’École, ses personnels et ses élèves.

Pour les établissements et écoles hors éducation prioritaire, un BAR Bureau, d’Aide Rapide sera mis en place pour que des enseignant.es répondent à distance, aux difficultés des élèves. Généralisation également du dispositif « Devoirs faits à distance » service d’aide aux devoirs en ligne, en dehors de l’école. L’accélération en somme de l’école hors de l’école

Sachant que le distanciel a démontré son inefficacité pendant le confinement et ce surtout pour les élèves en difficulté qui ont rapidement décroché, comment croire en ces BAR ? Et qui seront les professeur.es derrière, des volontaires payé.es en heures supplémentaires ou en primes ? Voilà un pied dans la porte pour faire entrer la rémunération au mérite via les évaluations nationales, mais également la mise en concurrence des écoles et des enseignant⋅es entre elles et eux.

C’est dans cette droite ligne que s’inscrit cette nouvelle réforme qui n’apporte aucun moyen supplémentaire mais détruit le caractère national et équitable de la labellisation Éducation Prioritaire tout en soumettant les Écoles au contrôle permanent de son autorité hiérarchique désormais libre de conditionner ces aides.

Le SNUipp-FSU réclame le retrait de ce projet de réforme et l’ouverture de véritables négociations pour l’amélioration des conditions de travail des enseignants et d’apprentissage des élèves, en Éducation Prioritaire comme ailleurs !

La loi « No child Left Behind » ou le modèle d’Ecole qui inspire Jean-Michel Blanquer

Jean-Michel Blanquer via le secrétariat d’État à l’Éducation Prioritaire, tente, par une telle offensive médiatique et en articulé avec le Grenelle de rétablir et accentuer comme jamais auparavant le management par objectif, lui qui rappelle sans cesse qu’il ne faut « laisser aucun enfant sur le bord du chemin ».

Cette phrase, rappelons-le, est la traduction littérale de la funeste loi « No child Left Behind » qui a été mise en œuvre aux États-Unis sous G.W. Bush, au début des années 2000 (2002 exactement).

En 2002, la loi No Child Left Behind a exigé que chaque État évalue les capacités de lecture et de calcul de tous les élèves, de l’équivalent du CE2 à celui de la quatrième.(exactement comme les évaluations CP/CE1 et 6e imposées par JM Blanquer)

Les résultats ventilés en fonction de l’origine ethnique, du niveau de maîtrise de l’anglais, de l’existence éventuelle de handicaps et du revenu parental.

Dans chacun des groupes ainsi constitués, un résultat de 100 % de réussite aux tests devait être atteint avant 2014. (Même logique là encore dans les attendus de Jean-Michel Blanquer )

Si, dans une école, un seul de ces groupes n’affiche pas de progrès constants vers cet objectif, l’établissement est soumis à des sanctions dont la sévérité va croissant.

  • 1re année : l’école reçoit un avertissement.
  • 2e année : puis tous les élèves peuvent changer d’établissement.
  • 3e année : les élèves les plus pauvres peuvent bénéficier de cours supplémentaires gratuits.
    Si l’école ne parvient pas à atteindre ses objectifs dans une période de cinq ans, elle s’expose à une privatisation, à une conversion en charter school ou fermeture.
  • Les employé·es peuvent alors être licencié·es.

La Ministre de l’Éducation de G.W. Bush, Diane Ravitch (par ailleurs chercheur en sciences de l’Éducation), après avoir constaté l’échec majeur de la réforme qu’elle avait mise en place déclara : « Il est absurde d’évaluer les enseignant·es selon les résultats des élèves, car ceux-ci dépendent bien sûr de ce qui se passe en classe, mais aussi de facteurs extérieurs tels que les ressources, la motivation des élèves ou le soutien que peuvent leur apporter les parents. Pourtant, seuls les enseignants sont tenus pour responsables. »

Ainsi, les SNUipp-FSU de l’Académie de Nantes le disent très clairement : nul besoin de s’interroger sur les « futures » annonces en provenance du secrétariat d’État à l’EP ou de la rue de Grenelle.

JM Blanquer qui pilote d’une main de fer, l’ensemble du Ministère souhaite imposer :

  • les méthodologies catastrophiques « d’Agir pour l’école » et limiter les apprentissages aux savoirs prétendus fondamentaux,
  • le versement d’indemnités sous la forme de prime en contre-partie de résultats aux évaluations, mettre en place le salaire au mérite, va rendre publics les résultats des écoles aux évaluations,
  • à la fois une mise en concurrence délétère des écoles entre elles tout en poussant les familles à se détourner du service public d’éducation,

Des lettres de missions pour les directions d’école comme la multiplication de postes à profil dérogatoire au mouvement risquent également d’être de la partie...

Et de bilan, il n’y aura pas, car le Ministre Blanquer ne tient pas sa parole.
En effet, le Ministre avait assuré que le dispositif Plus de Maître que Classe aurait moins de postes1 puis serait évalué...

Pourtant, l’ensemble des postes ont été fermés sans qu’aucune évaluation indépendante ait été menée.

Il en sera de même pour l’Éducation Prioritaire.

Alors qu’elle fait aujourd’hui partie intégrante de l’école publique, elle sera décrochée du système ordinaire et gérée avec les pires techniques du NPM, niant l’expertise enseignante, niant les apports de l’ensemble de la recherche.

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 |

ADRESSE : SNUipp-FSU 72, 29 Place d’Alger 72000, Le Mans Tel : 02 43 77 12 26 Fax : 02 43 23 33 73 Email : snuipp72