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Direction d’école : les projets de tous les dangers

dimanche 12 septembre 2021

La question est au coeur de la grève du 23 septembre : tout est prévu pour que la direction d’école subisse de profonds bouleversements à la rentrée 2022, au détriment du service, des directeurs et directrices et des adjoint·es.

La direction d’École est attaquée de tout côté, au point de s’y perdre :

  • Loi Rhilac (votée en septembre),
  • groupes de travail ministériel,
  • propos du ministre à la rentrée,
  • discours du Président de la République à Marseille...

Voici un article clair et concis pour s’y retrouver.

Depuis près de 40 ans, notre profession se mobilise pour la direction d’école, évitant le pire des scénarios, toujours défendu par les (ultra)libéraux : transformer les directrices·teurs en (petit·es)chef·fes d’établissement. Et les contraindre à devenir une courroie de transmission d’une hiérarchie autoritaire et coupée du terrain, « pilotant » seulement au travers d’indicateurs chiffrés.

Ce sont bien nos mobilisations qui ont permis d’obtenir des augmentations de décharges, des indemnités et, temporairement, des aides à la direction (supprimées par Blanquer. #Blanquerdemission).

Il y a trois ans, la lutte permettait d’écarter notre mise sous tutelle hiérarchique du collège du fait de la Loi Blanquer. Pour autant, les réactionnaires reviennent et il se dessine à nouveau un projet catastrophique pour le pilotage des écoles.

Explications :

 Autorité fonctionnelle des directrices·teurs sur les adjoint·es

Selon le projet de Loi Rilhac adopté en première lecture au Sénat, les directrices·teurs auraient autorité sur leurs adjoint·es, de la même façon qu’elles et ils ont autorité sur les ATSEM. Finie l’autonomie de travail des adjoints. A ne pas confondre avec l’emploi fonctionnel.

 Emploi fonctionnel pour les directrices·teurs d’école

Cette notion est différente de l’autorité fonctionnelle. Le ministère envisage, une fois la Loi Rilhac votée, d’attribuer des emplois fonctionnels aux directrices·teurs d’école, et dans un premier temps à celles et ceux qui sont totalement déchargé·es. Cela se traduirait sans doute par une grille spécifique d’avancement mesure rendue possible par une position de détachement du corps des PE, une fiche de mission à remplir pour atteindre des objectifs, une révocabilité au bout d’une année (par décision de la hiérarchie), mais une obligation de ne pas participer au mouvement pendant 5 ans. Ces emplois fonctionnels sont habituellement utilisés dans la fonction publique territoriale pour les postes « politiques » de chef·fes de cabinet par exemple. Il s’agirait alors d’un net recul de toutes nos règles constitutives de la Fonction Publique d’État indépendante du politique.

La directrice ou le directeur serait très fortement contraint·e par sa hiérarchie sous peine d’éviction... Autant dire que l’expression « courroie de transmission » est tout sauf exagérée.

Pire, alors que notre statut nous place de facto au service des usager·ères et non du ministre, cet emploi fonctionnel serait un moyen supplémentaire d’assujettir le travail enseignant.

 De nouvelles rémunérations, mais...

La Loi Rilhac fixe l’existence d’une indemnité de direction spécifique (qui existe déjà, donc cela ne change rien) et un avancement automatique à la vitesse la plus rapide pour les directrices·teurs d’écoles. Un avancement à la vitesse la plus rapide pour tous est une revendication syndicale.

Mais ici, à budget constant, cela reviendrait à accélérer la carrière des directrices·teurs au détriment de celle des adjoint·es et autres enseignant·es qui verraient donc leurs possibilités d’avancer à la vitesse la plus rapide se rétrécir, voire se fermer. Un avantage pour les directrices·teurs payé par les autres enseignant·es, donc.

 Les directrices·teurs proposeront des formations

Selon le projet de Loi Rilhac, les directrices·teurs proposeront à l’IEN des actions de formations pour les adjoints de l’école, « en prenant en compte les orientations de la politique nationale ».
À noter que, si le conseil des maitre·esses est consulté, ce n’est pas lui qui fait les propositions de formation.

Les directrices·teurs étant possiblement sous pression pour atteindre des objectifs précis (voir emploi fonctionnel) on devine facilement les dérives de ce système (formation aux évaluations ou à la « pédagogie Blanquer [1] »).

 Les directrices·teurs proposent des rémunérations supplémentaires

Le ministère a évoqué en groupe de travail l’idée que les directrices·teurs proposent à notre hiérarchie des noms de collègues qui pourraient bénéficier d’IMP (heures supplémentaires d’Indemnité de Missions Particulières), avec une moyenne d’une IMP pour 5 classes.
Bonjour l’ambiance dans l’équipe, le pouvoir des directrices·teurs sur les adjoint·es, et la course au seul travail supplémentaire qui sera payé.

Ces IMP ont été instaurées dans le seconde degré, avec toutes les tensions et les limites qu’elles engendrent en terme de coopération entre collègues, puisque certain·es sont rémunéré·es pour certaines tâches quand d’autres ne le sont pas...

 L’évaluation des enseignant·es

Le ministère a évoqué l’idée, en groupe de travail, que les directrices·teurs participent à l’évaluation des adjoint·es. À mettre en rapport avec l’autorité et l’emploi fonctionnel.

 Le choix des adjoint·es


Il s’agit là des propos du Président de la République à Marseille
, qui prévoit que pour la rentrée prochaine, une cinquantaine de directrices·teurs de la cité phocéenne puissent choisir leurs adjoint·es en fonction de leurs projets d’école.

« Il s’agirait d’un dispositif expérimental pour préparer l’école du futur ». Il s’agit surtout de copier le mode de recrutement de la Fonction Publique territoriale où les agents passent un concours et cherchent ensuite un travail auprès des collectivités territoriales.

Il s’agit enfin de faire sauter le recrutement spécifique et les opérations de mouvement (déjà sorties des CAPD) de l’Éducation Nationale en préparant le pire dans la gestion des personnels. À mettre en parallèle avec l’autorité et l’emploi fonctionnel des directrices·teurs.

Cette « école du futur » a été mise en œuvre aux États-Unis, il y a 20 ans, mais également au Royaume-Uni et récemment en Suède.

À chaque fois, le résultat est le même. Des inégalités scolaires qui explosent et des résultats aux évaluations internationales qui plongent en chute libre...

Lire l’article du Monde Diplomatique, par Diane Ravitch, Chercheuse en sciences de l’éducation à l’université de New York et ancienne vice-ministre de l’Éducation du gouvernement de G. W. Bush

 Les PPMS, oui, mais...

Selon le projet de Loi Rilhac, l’élaboration des PPMS seraient de la responsabilité des collectivités territoriales et de l’autorité académique.

Les directrices·teurs ne donneraient que leurs avis.

Un plus ? Sans doute, s’il y avait quelqu’un·e de compétent·e à la DSDEN pour cela.

Rappelons aussi que les directrices·teurs peuvent se voir confier des pouvoirs par « délégation de l’autorité académique ». Nous pouvons légitimement craindre que l’élaboration des PPMS en fasse partie, puisque les directrices·teurs sont celles et ceux qui connaissent le mieux leurs écoles.

 D’autres missions... Pour éviter de s’ennuyer

Selon le projet de Loi Rilhac, les directrices·teurs déchargé·es à temps plein pourront se voir confier des missions de formation ou de coordination. Des fois qu’elles et ils s’ennuiraient...

 Des moyens supplémentaires... Une arlésienne

Le projet de Loi Rilhac évoque la question, mais sans que cela soit une véritable obligation à mettre en place par un gouvernement. Donc...

 Conclusion

Les projets concernant la direction d’école visent à faire des directrices·teurs de « managers », véritables moyens de pression sur les adjoint·es, les équipes et surtout, le métier.
L’un des buts poursuivit est de mettre en place des politiques ministérielles dont nous connaissons toutes et tous la « pertinence pédagogique », avec obligation de résultats et nécessité de rendre des comptes sur les résultats aux évaluations, sans que jamais ne soit véritablement abordées ni la question des inégalités sociales et scolaires, ni évidemment, la question des moyens supplémentaires, de la formation initiale et continue, des RASED, etc.

Il s’agit d’un profond bouleversement de l’école publique qui doit nous inciter à nous mobiliser plus que jamais.

Et que deviendra cette précarisation et un tel projet de petit·es chef·fes dans les écoles dans les années à venir ?

Tous·tes en grève le 23 septembre 2021 !

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Pour un plan d’urgence dans l’éducation pour les postes, les salaires, l’amélioration des conditions de travail Appel à se mobiliser dès la rentrée, à se mettre en grève le 23 septembre et à préparer la mobilisation interprofessionnelle

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Lettre aux parent·es grève 23 septembre

Lettre aux parent·es grève 23 septembre

Chers parent.es,

Alors que la crise sanitaire continue de sévir, mettant en lumière le besoin cruel de moyens pour l’école, le gouvernement reste sourd aux demandes et propositions des personnels des écoles.

Les élèves ont besoin d’un service public de qualité, d’une école adaptée pour tous et toutes, de professeur-es correctement formé-es et en nombre suffisant.

• Pour cela, il est nécessaire de recruter plus de personnels afin de faire baisser les effectifs dans toutes les classes, assurer tous les remplacements. Il est nécessaire aussi de recruter des enseignant-es RASED et des psychologues pour assurer le suivi de tous les élèves en besoin ;

• Pour cela il est nécessaire de recruter des AESH afin d’accompagner tous les élèves en situation de handicap ;

• Pour cela, il est nécessaire que le métier de professeur redevienne attractif et que celui des AESH soit enfin reconnu. Cela passe par une plus juste reconnaissance et une hausse des salaires. Les salaires des AESH sont le plus souvent en-dessous du seuil de pauvreté et les enseignant-es restent bien moins rémunéré-es que leurs collègues européens, ce qui explique en partie la baisse du nombre de candidat-es et l’augmentation des postes vacants aux concours de recrutement.

Cette rentrée est marquée une fois de plus par le manque d’anticipation et le flou sur la ligne à tenir face à l’épidémie et ses conséquences. Nous attendons des mesures sanitaires pour limiter la propagation du virus et garantir la sécurité dans les écoles.

Le plan d’urgence pour l’école que nous continuons à défendre depuis des mois aurait pu permettre de réduire les inégalités scolaires, encore accentuées par la crise, d’améliorer les conditions d’apprentissages pour tous les élèves et de permettre aux élèves en situation de handicap de pouvoir suivre une scolarité avec l’aide nécessaire à laquelle ils et elles ont droit.

Nous attendons du ministre qu’il s’engage dans l’amélioration du fonctionnement de l’école et qu’il apporte des garanties pour la réussite de tous les élèves.

C’est pourquoi nous serons en grève le jeudi 23 septembre et comptons sur votre plein soutien.

Pour un plan d’urgence dans l’éducation, pour les postes, les salaires, l’amélioration des conditions de travail.

Appel à se mobiliser dès la rentrée, à se mettre en grève le 23 septembre et à préparer la mobilisation interprofessionnelle.

L’École a été soumise à rude épreuve et les personnels ont terminé l’année dans un état de fatigue rarement atteint.

La rentrée 2021 est de nouveau marquée par le manque d’anticipation et la confusion de la politique suivie face à la poursuite de la crise sanitaire.

Par ailleurs, alors que cette rentrée aurait nécessité la mise en place d’un plan d’urgence et la création massive de postes pour l’éducation dans un contexte qui a rendu plus compliquée la progression des apprentissages, le ministère poursuit une politique qui va à rebours des besoins du service public :

  • refus de créer un collectif budgétaire pour la création de postes d’enseignant.es, de CPE, AED, AESH, de PsyEN, de RASED, de personnels administratifs, techniques, santé et sociaux dans les écoles, les établissements et les services pour répondre aux besoins et annuler les suppressions de postes notamment dans le 2d degré où le déploiement d’heures supplémentaires est une réponse inadaptée
  • publication de la circulaire de rentrée sans qu’aucune concertation préalable n’ait été organisée.

De plus, son contenu relève davantage de la promotion de la politique ministérielle.

Encore une fois, le ministre est dans le déni de réalité en refusant de prendre les mesures nécessaires.

Cette absence d’anticipation et de prise de décisions est irresponsable au regard des enjeux de gestion et de sortie de crise.

Les annonces du Grenelle ont confirmé qu’il n’y aurait pas de loi de programmation pluriannuelle.

Un renoncement de plus qui ne répond pas aux attentes salariales des personnels et en exclut la majorité. Au-delà de la deuxième tranche de la prime d’attractivité, très insuffisante pour rattraper les retards, il est bien difficile de voir de quelconques perspectives de revalorisation pour les années à venir.

Il est urgent d’augmenter les salaires de tous les personnels.

Nos organisations dénoncent l’ensemble de ces mesures qui tournent le dos à la priorité à l’éducation et cherchent à transformer en profondeur les métiers dans le sens de contraintes supplémentaires sur les personnels : projet de création d’un emploi fonctionnel de directeur d’école et de hiérarchies intermédiaires, pilotage par l’évaluation. Nous ne pouvons accepter de tels reculs.

Nos organisations refusent la généralisation du contrôle continu et demandent le rétablissement du baccalauréat national pour la session 2022, avec des épreuves nationales, terminales et anonymes.

Nos organisations appellent la profession à se mobiliser dès la prérentrée afin d’exiger un plan d’urgence pour le service public d’Education. Notre École ne peut fonctionner sans moyens supplémentaires et sans personnels revalorisés et reconnus dans leurs expertises professionnelles.

Elles appellent les personnels à se réunir dès les premiers jours de la rentrée, y compris avec les parents d’élèves, pour lister les revendications et organiser les mobilisations nécessaires.

Nos organisations soutiendront toutes ces actions qui doivent permettre de préparer une action nationale d’ampleur.

Elles appellent les personnels à la grève le 23 septembre.

Elles appelleront à poursuivre ces actions, en particulier dans le cadre d’une mobilisation interprofessionnelle qui se déroulera le 5 octobre prochaine.

Notes

[1] pédagogie et Blanquer étant parfaitement antithétiques, nous prenons soin d’y mettre les guillemets qui conviennent

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